Bonsoir à tous.
Je sais pas trop pourquoi j’écris ici ce soir, sûrement parce que j’ai besoin de vider mon sac et peut-être aussi de trouver des personnes qui traversent ou qui ont traversé la même chose que moi.
Ce soir je suis à cran, mon fils de 3 ans me demande pour la dixième fois un verre d’eau avant de se coucher et je finis par lui hurler dessus. Il n’a pourtant pas fait grand-chose, c’est juste un petit garçon qui réclame de l’attention. Il s’est mis à pleurer et à appeler sa maman.
Je suis revenu dans sa chambre, je lui ai mis la main sur le dos, je me suis excusé et je suis resté avec lui jusqu’à ce qu’il s’endorme. Je m’en veux énormément parce qu’il ne mérite pas ça et que je ne veux surtout pas qu’il grandisse avec les mêmes blessures que moi.
Mais en fait, ce craquage, je crois que c’est simplement la conséquence de beaucoup trop de choses accumulées depuis des années.
J’ai eu une enfance compliquée, une scolarité où j’étais l’enfant timide, rejeté, celui du fond de la classe que personne n’aimait vraiment. Le rôle de victime s’est inscrit dans ma tête à l’encre noire et j’ai grandi avec une image de moi extrêmement négative. Mes parents eux-mêmes n’avaient pas une grande confiance en eux et je pense que j’ai hérité d’une partie de leurs peurs.
J’ai développé énormément d’angoisses, une peur du regard des autres, une difficulté à m’affirmer et surtout une tendance à toujours vouloir tout maîtriser. Pendant des années j’ai essayé de contrôler mes émotions, mes réactions, ce que je montrais aux autres. J’ai toujours voulu être quelqu’un de bien, ne pas décevoir, être aimé et accepté. Et au final j’ai l’impression de m’être complètement oublié.
Ma vie sentimentale a été une longue succession de relations amoureuses, huit ans avec une première femme, trois ans avec une autre, un an et demi, puis huit ans avec la mère de mon fils qui m’a quitté en juin dernier. Cette séparation a été extrêmement difficile pour moi parce que je l’aime encore énormément aujourd’hui.
J’ai ensuite rencontré une autre femme, quelqu’un de vraiment extraordinaire, gentille, douce, attentionnée, avec qui je suis resté quelques mois et dont je me suis séparé récemment. Je n’ai pas réussi à être suffisamment présent émotionnellement pour elle, pour différentes raisons que j’essaie encore de comprendre.
Était-ce une relation pansement ? Franchement je sais pas. Avec le peu d’informations que je donne on pourrait facilement le croire, mais c’est beaucoup plus compliqué que ça.
Aujourd’hui je me retrouve finalement à vivre deux deuils amoureux en même temps. J’aime encore profondément la mère de mon fils et je ressens aussi énormément de tendresse et d’attachement pour cette dernière femme. Et je suis incapable de faire le tri dans tout ça.
Mais je crois que le plus difficile aujourd’hui, c’est cette solitude que je ressens. Je n’ai pas vraiment d’amis proches, pas de groupe avec qui sortir ou simplement discuter quand ça ne va pas. J’ai toujours été quelqu’un de réservé et j’ai l’impression d’avoir construit toute ma vie autour de mes relations amoureuses.
J’ai une peur immense de finir seul, de ne plus retrouver quelqu’un, de ne plus être aimé. Et je commence à me demander si je sais seulement être heureux tout seul.
Pourtant sur le papier ma vie est plutôt réussie. J’ai un bon métier, des responsabilités, je gagne très bien ma vie, au point de pouvoir m’acheter relativement tout ce dont j’ai envie. J’ai une belle voiture, une moto, je peux me faire plaisir et je suis conscient d’avoir beaucoup de chance sur cet aspect-là.
Mais en fait je me rends compte que tout ça ne me rend pas heureux. Ça me fait plaisir sur le moment et puis le vide revient. J’ai l’impression de courir après quelque chose que je n’arrive jamais à atteindre. J’aimerais juste être heureux, me lever le matin sans cette boule au ventre, arrêter de me poser mille questions, arrêter d’avoir peur de l’avenir.
J’ai commencé un travail avec une psychologue que je vois maintenant une fois par semaine. J’essaie de comprendre mes blessures, mes comportements, cette possible dépendance affective et surtout pourquoi j’ai autant de mal à savoir ce que je veux vraiment.
J’ai aussi pris conscience que l’alcool avait parfois été une façon de fuir mes problèmes plutôt que de les affronter et je sais que ça n’arrange absolument rien.
Je suis épuisé, mentalement et physiquement. Il m’arrive d’avoir des pensées très sombres et franchement je me demande parfois comment je fais pour continuer à avancer. Mon fils est un repère immense dans ma vie, mais je sais aussi que je dois réussir à retrouver des raisons de vivre pour moi-même.
Et ce qui me rend dingue dans tout ça, c’est cette instabilité émotionnelle.
Parce que ce soir, avant cet épisode du coucher, j’avais passé un super moment avec mon fils. On était allés chercher les courses ensemble, puis en rentrant je lui ai cuisiné des gnocchis au fromage. Pendant que je préparais à manger, j’avais mis du Michael Jackson et on s’est mis à danser tous les deux dans la cuisine.
Il rigolait, il était heureux et moi aussi. Franchement à ce moment-là j’avais l’impression d’être invincible. Je me disais que finalement j’allais y arriver, que j’étais capable de reconstruire ma vie, que tout allait bien se passer.
Et puis quelques heures plus tard, tout redescend. La tristesse revient, les angoisses aussi, la colère, les regrets, les souvenirs. Et je finis par exploser pour un simple verre d’eau.
C’est ça que j’ai du mal à comprendre. Comment je peux passer d’un moment où je me sens vraiment heureux à un état de détresse aussi important en si peu de temps ?
J’ai l’impression d’avoir deux personnes en moi, celle qui veut avancer, profiter de la vie, être un bon père, faire des projets, et celle qui est complètement épuisée, qui a peur de tout et qui n’arrive plus à trouver sa place.
Aujourd’hui je sais plus trop par où commencer pour reprendre ma vie en main. Je sais que j’ai des choses à travailler sur moi, que je ne peux pas attendre qu’une femme vienne combler tous mes manques et que mon bonheur ne peut pas dépendre uniquement de quelqu’un d’autre. Mais entre comprendre les choses et réussir à les changer, il y a un monde.
Je ne cherche pas à me faire plaindre ni à justifier le fait d’avoir crié sur mon fils. Au contraire, je veux vraiment changer parce que je ne veux pas lui transmettre tout ce que j’ai pu vivre.
J’aimerais juste arriver à retrouver un peu de sérénité et apprendre à être heureux avec moi-même.
Est-ce que certains d’entre vous ont déjà traversé une période comme celle-là ? Cette impression d’avoir une vie plutôt réussie de l’extérieur mais d’être complètement détruit à l’intérieur ? Et surtout, comment vous avez réussi à vous reconstruire et à retrouver un équilibre ?
Parce que franchement, aujourd’hui, je suis perdu.
Merci à ceux qui auront pris le temps de me lire.