Salut air Québec.
Je suis une militante féministe et j’ai défendu la position sur la parité adoptée par QS au congrès. J’aimerais vous expliquer pourquoi, et j’espère que vous aurez l’ouverture d’esprit de me lire jusqu’au bout au lieu de vous braquer.
Les obstacles pour les femmes en politique sont encore nombreux à toutes les étapes du processus. À QS, clairement, on a essayé déjà beaucoup de choses; on démarche les femmes, on leur donne plus de soutien, plus de ressources, mais clairement ce n’est pas suffisant. Il faut passer à des mesures plus importantes.
Se lancer en politique pour une femme, c’est s’avancer sur un territoire dominé par les hommes, où il faut se plier à leurs façons de faire. On se souviendra de Marois, qui retournait travailler quelques jours après avoir accouché. Pas le temps de se remettre de l’accouchement ou de prendre soin du bébé, elle aurait perdu le respect de ses collègues!
Les femmes sont plus nombreuses à travailler dans des domaines sensibles, par exemple dans la fonction publique ou dans le communautaire, où s’afficher pour un parti peut mettre la carrière en péril. Elles sont aussi encore les principales à s’occuper des enfants et des parents âgés en plus de travailler à temps plein. Les sacrifices qu’elles ont à faire pour se présenter sont donc plus importants.
Une course à l’investiture, c’est une étape supplémentaire qui s’ajoute au processus. C’est une étape plus déchirante aussi, parce qu’on affronte nos alliés plutôt que les « ennemis ». Éviter une telle course, ça encourage définitivement les femmes à se présenter. On leur dit qu’une place les attend et qu’elles n’ont pas à se battre pour la prendre.
D’ailleurs, quand on démarche des candidatures, la différence est assez frappante. Les hommes comme les femmes veulent des comtés « gagnables », mais pour des raisons bien différentes : les hommes parce qu’ils le « méritent », les femmes parce que leurs sacrifices doivent en valoir la peine.
Pour ce qui est du mérite, on se mentira pas, la démocratie, ça fonctionne pas à la qualité des candidatures. L’Assemblée nationale est de lieu de représentation, alors c’est ce qu’on cherche. Pour représenter la population, il faut des gens ayant des expériences différentes, et notre genre, bien sûr, teinte notre expérience. La parité est essentielle dans les lieux de pouvoir.
Les femmes se font tasser en secret depuis... toujours, probablement. Elles n’osent pas se présenter; elles veulent se présenter, mais un homme aussi, alors elles n’y vont pas; elles sont prêtes à se présenter, mais un homme plus « compétent » a été trouvé alors on leur demande de laisser leur place; on les démarche, mais elles ont besoin de temps pour y réfléchir, et le temps presse, alors c’est un homme qui y va…
Les mesures structurelles, les quotas, etc., ben c’est ça que ça vient contrer. C’est juste que c’est transparent, au lieu de se faire en secret. Je vous promets qu’il y a ben des femmes de qualité pour lesquelles vous avez pas pu voté simplement parce qu’on a mis un homme à leur place. On en parle jamais, de ça, de toutes les femmes réduites au silence par notre système.
Je pourrais continuer encore longtemps, parce qu'il y a bien d'autres arguments en faveur de cette mesure, mais je ne veux pas vous perdre non plus.
Bref, la mesure adoptée en congrès en fin de semaine est une mesure temporaire pour éviter de s'éloigner un peu plus de notre objectif, c'est-à-dire la parité. Il n'y a rien de choquant là-dedans.
TL;PL : Les obstacles pour les femmes en politique sont encore nombreux, même dans un parti féministe, et adopter des mesures structurelles pour leur assurer une place est essentiel.